09 Février 2017

Brexit means Brexit !

Theresa May activera prochainement l'article 50. Le Brexit devient une réalité. Mais quelle est sa signification? Quelles seront ses conséquences pour les nations et pour les peuples? Selon nous, le Royaume-Uni s'engage dans une impasse. Un défi pour le légendaire pragmatisme britannique...
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Sept mois ont passé depuis le referendum, sept mois de confusion et de contradictions au sein d’un gouvernement britannique qui a longtemps laissé entendre, à l’instar de Boris Johnson, qu’il pourrait à la fois "have its cake and eat it " (1).

Cette période est terminée et Le Brexit entre désormais dans une nouvelle phase. La décision de la cour Suprême clarifie un processus opérationnel désormais placé sous le contrôle du Parlement. Le calendrier est également fixé. La notification du départ du Royaume-Uni aura bien lieu avant la fin du mois de mars. Dans son discours de Lancaster House, la Première Ministre Theresa May vient enfin de faire connaitre ses objectifs stratégiques. Le Brexit sera à la fois « hard » sur le fond, pour complaire aux durs du parti, et très ouvert dans la forme pour ne pas contrarier à l’excès des partenaires indispensables à un dialogue constructif avec l’Union.

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Une séparation claire et nette


Le gouvernement a choisi de sortir du marché unique et de l’union douanière. Il souhaite utiliser a période de négociation de deux ans consécutive à la notification pour:

  • Régler les détails de la procédure de divorce (la facture sera lourde)
  • Etablir un accord de libre-échange complet sur les biens et les services. Sauvegarder à défaut des secteurs critiques comme l’automobile et la finance.
  • Maintenir la libre circulation des emplois (et non des personnes),
  • Effectuer une sortie « en douceur », sans rupture des flux d’affaires existants.

Le gouvernement ne se sent pas contraint de parvenir à un accord. A défaut il se prépare à transformer le Royaume en un territoire très accueillant envers les investisseurs et les entreprises (grâce à une fiscalité et une réglementation ultra-légère).


« We are leaving the European Union, we are not leaving Europe »


En parallèle, Theresa May ne souhaite pas se fâcher avec une UE dont elle a besoin. Elle insiste sur la communautés d’intérêts qui devront être maintenus (énergie, défense, diplomatie face à la Russie, commerce). Le Royaume est le « best friend and neighbour to our European partners ». Madame May défend l’Europe à Washington face à une nouvelle administration américaine qui la dépeint comme un « consortium » ou un « véhicule qui sert des intérêts allemands »

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Des compromis impossibles à trouver ?


Les meilleures intentions risquent d’être impuissantes face à la réalité des rapports de force (Voir infographie Bruegel ci-contre). 

L’Union Européenne n’acceptera pas un traité qui améliorerait visiblement la situation du Royaume-Uni, sous peine de susciter des vocations de sortie immédiates. L’ambition de négocier en direct des traités de libre échange avec le monde entier ("a truly global Britain") est difficilement compatible avec un statu quo douanier au sein de l’UE. L’industrie automobile en souffrira, de même qu’une City dont les grandes banques seront privées du passeport européen. L’UE est de très loin le meilleur client du Royaume-Uni. Elle dispose donc d’un meilleur pouvoir de négociation. Last but not least, la brièveté du calendrier n’est pas favorable à la conclusion d’accords équilibrés, ni avec l’UE, ni avec ses nouveaux grands partenaires privilégiés. D’autant moins que la poussée protectionniste raidit les positions de négociation dans le monde entier.

Comment rebondir ?


En votant pour le Brexit, le peuple britannique a voulu restaurer sa souveraineté juridique. Il y perd l’inclusion dans un acteur doté de la masse critique indispensable pour mener des négociations productives face aux Etats-Unis (America first !) et à la Chine. Le chemin vers une « truly global Britain » est bien sûr possible, mais il sera long et difficile. Le club de l’UE perd de son côté un membre turbulent mais stimulant, porteur d’une grande ouverture vers le monde et les idées libérales.

Le Brexit impose à l'UE une réflexion stratégique, plus nécessaire que jamais dans un cadre stratégique dominé par les rapports de force et le déclin des politiques coopératives. Faute de réinventer des traités pour lesquels il n'existe pas d'espace politique, l’UE pourra utilement achever les chantiers de la stabilité financière, de la sécurité et de la constitution d’une réelle économie de la connaissance.

L'Europe (y compris le Royaume-Uni) demeure maître de son destin. Encore faut-il qu'elle joue ses cartes et construise une position de force dans un nouvel ordre mondial.

"L' éclipse de l'occident" (pour citer Theresa May) n'est pas une fatalité.


(1) avoir le beurre et l'argent du beurre

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