18 Janvier 2017

2016, l'année où le politique a pris sa revanche sur l'économie

En 2016, rien ne s'est passé comme prévu. Le Brexit a gagné et Donald Trump a été élu Président des Etats-Unis. Des résultats qui ont stupéfié les intellectuels occidentaux, et parmi eux les économistes. Talking Points revient sur les moments forts de l'année et ses grands enjeux économiques

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2016 fut une année de surprises et de crises politiques en Occident, sur fond de troubles géostratégiques majeurs (Syrie, mer de Chine): l’élection de Donald Trump, le succès du Brexit, la défaite de Matéo Renzi. Elles illustrent d’abord le primat des logiques politiques sur les analyses inspirées par des considérations purement économiques. L’économie n’a cependant pas disparu. Elle était en effet structurée depuis le choc des subprimes par quatre grandes questions: la déflation, la contestation de la mondialisation, les inégalités et les effets des disruptions technologiques. Des sujets qui ont influencé le débat public et dont Talking Points a très largement rendu compte. Voici comment :

La déflation, un phénomène devenu essentiellement … politique

Les pressions déflationnistes sont une séquelle de l’effondrement des subprimes et de la crise de la dette souveraine en Europe. Malgré l’action vigoureuse des banques centrales, elles ont provoqué une situation aberrante : l’existence de taux d’intérêt négatifs. Nous en avons décrit  les causes, selon nous amplifiées par une action politique timorée, spécialement en Europe. Les politiques monétaires des banques centrales ont certes permis de « sauver le monde » mais leur objet n’est pas d’augmenter la croissance potentielle en stimulant la productivité.

Les très bas taux d’intérêt sont en réalité le symptôme de politiques économiques défaillantes. Il est révélateur que l’élection de Donald Trump ait radicalement modifié les perceptions du marché à cet égard. Malgré ses ambigüités et ses contradictions, la simple promesse d’une politique économique de rupture (massives baisses d’impôt, relocalisations industrielles et investissement dans les infrastructures) a donné à Wall Street des perspectives nouvelles.

Les Trumponomics  sont en effet d’abord le projet d’une relance de l’économie par l’inflation et l’activisme de l’exécutif fédéral. Il n’est pas certain que la recette fonctionne dans un contexte de plein emploi et d’internationalisation des chaînes de valeur. Mais son succès électoral démontre la puissance d’un sentiment de frustration face à une mondialisation désormais perçue comme déséquilibrée au détriment des Etats-Unis. Une déception qui s’exprime aussi dans une Europe affaiblie par une croissance anémique.

La mondialisation, matrice des inégalités et machine de guerre au service de la Chine ?

Elle était généralement perçue comme un instrument de développement des pays émergents et une machine à distribuer du pouvoir d’achat à l’Ouest. Cette période est révolue. La Chine de 2016 n’est en effet plus celle qui avait rejoint l’OMC 15 ans plus tôt. Elle est désormais située au centre des chaînes de valeur mondiales. Elle développe une politique industrielle offensive car elle vise à obtenir un leadership technologique dans des secteurs clés. Il s’agit à la fois d’une condition essentielle à la poursuite de la modernisation du pays et d’une affirmation géopolitique.

Le nouveau rôle de la Chine inquiète. Est-il une des causes de la remise en cause du libre échange  en Occident ? Le « graphe de l’éléphant » (ci-dessus) illustre en tout cas le désenchantement d’une partie croissante des électorats : les revenus des classes moyennes y ont peu progressé depuis 25 ans, spécialement aux Etats-Unis, tandis que seule une très petite minorité (le « 1% ») semble avoir bénéficié des bienfaits de la mondialisation. La très forte augmentation des revenus de la classe moyenne émergente n’est pas une consolation. Elle nourrit plutôt le ressentiment. Au total, la mondialisation serait destructrice d’emplois et la matrice d’inégalités insupportables. Une thèse facile à vendre, mais qui ignore la complexité d’un monde soumis à d’autres forces telluriques : la dynamique des populations (plus nombreuses et plus « vieilles ») et l’essor des technologies.

La technologie, moteur de révolutions silencieuses

En effet, la période du triomphe de la mondialisation moderne est aussi celle qui voit la technologie transformer le monde. Lors de la chute du mur de Berlin, l’internet n’est qu’un outil scientifique et militaire. Microsoft et Apple sont des acteurs marginaux d’un secteur dominé par IBM, HP ou Sony et limité par les pesanteurs du monde « physique ». Google, Amazon, Facebook ne sont pas encore nées. En une génération, l’intelligence artificielle et l’internet des objets sont devenus « the name of the game ». Ils sont des outils industriels qui recomposent les chaînes de valeur  et éliminent les emplois routiniers, même lorsqu’ils sont qualifiés. Ils organisent « l’effacement » des frontières traditionnelles entre secteurs d’activité. Siemens et GE se posent désormais en concurrents d’IBM tandis que Google ou Amazon étendent sans cesse le périmètre de leurs activités. Le secteur automobile, vedette inattendue du CES 2017, est une métaphore de ces évolutions  Le véhicule électrique, connecté et autonome, n’est plus le domaine réservé des grands ensembliers traditionnels. La motorisation de masse et la mécanique traditionnelle n’élèvent plus d’infranchissables barrières à l’entrée. Tesla, Google, Apple et des spécialistes de l’intelligence artificielle tentent de déformer la chaîne de valeur à leur profit. Ne nous y trompons pas. Malgré la très modeste ampleur des enjeux économiques actuels, cette bataille pour la valeur concerne un secteur emblématique de la civilisation industrielle. Elle pourrait même faire chanceler une autre icône du 20ème siècle : le pétrole (7).

En 2017, l’incertitude domine. L’inflation est de retour, tout comme les instincts protectionnistes qui préfigurent des tensions sino-américaines. Le semestre du Brexit s’achève dans la confusion, entre vigueur de l’économie britannique et impasse des négociations. Les élections en France et en Allemagne décideront du destin d’un projet européen fragilisé par le conflit syrien, le néo-isolationnisme américain et l’hostilité russe à ses valeurs. Une chose est sûre, cependant, l’économie continuera de nous surprendre.