09 Décembre 2012

Mais qui va financer l’économie française?

Tribune parue dans le Huffington Post du 09/12/2012  

Financement, souveraineté, contrat social

La France doit résoudre son problème de dette publique. Elle a besoin de croissance pour le faire sans heurts sociaux. La croissance est quant à elle gagée sur un financement adéquat. Malgré l’annonce de la création de la BPI, ce financement est aujourd’hui menacé en France, pour des raisons très spécifiques à notre pays. Trouver des solutions à ce problème est aussi un acte de souveraineté et de consolidation du contrat social. Financer l’économie française relève de décisions strictement politiques.

Mais qui va financer l’économie française?

Le rapport Gallois vient de placer la compétitivité de la France (et de son territoire) au centre des préoccupations politiques et économiques. Ce rapport peut être discuté à de nombreux égards, mais il aura eu le mérite de désigner explicitement la qualité et la profondeur du financement comme autant d’éléments structurants de la compétitivité d’un pays et de ses entreprises. La situation de nos voisins espagnols et italiens démontre que le financement d’une économie ne va pas de soi et qu’il se mérite, parfois au prix de grands sacrifices.

Notre pays doit donc mener un double combat : celui de la qualité de ses finances publiques et celui de l’offre d’un financement « corporate » à la hauteur de ses objectifs de croissance. En ce qui concerne ce dernier aspect, nous sommes confrontés à une situation particulièrement périlleuse :
• Les nouvelles normes prudentielles (Bâle 3 et Solvabilité 2) sont un facteur majeur de raréfaction de l’offre de fonds propres et de crédit long, en particulier pour les PME et ETI, segment qui n’a pas accès aux marchés de capitaux.
La France occupe une position très singulière et isolée en Europe à cet égard, compte tenu de la structure unique de son secteur bancaire et du rôle prédominant que joue l’assurance vie dans le financement désintermédié.
• Depuis le début de la crise de 2007, le secteur financier européen est l’objet d’une « re-nationalisation » de ses orientations, un phénomène qui réduit l’offre de capitaux et augmente le risque systémique de nos économies
• Le différentiel de croissance entre les pays de l’OCDE et les pays émergents, le financement des premiers par les seconds sont les deux manifestations principales du « basculement du monde ». Ce cadre accentue le risque de marginalisation d’une Europe impuissante à régler ses problèmes internes et la très grande solitude des économies qui auront perdu la confiance des marchés.

Qu’en déduire ?

D’abord que la France ne sera pas, ou peu, aidée par son environnement. Elle doit trouver ses propres solutions, et vite.
Ensuite que ces solutions ne seront pas trouvées dans des scénarios de continuité. Nous avons ici surtout besoin d’innovation et de courage,
Enfin que le financement de l’économie est une question majeure de souveraineté et de consolidation du contrat social de la nation.

Lire ici l’article sur le site du Huffington Post.fr