27 Juin 2014

Crise du Rêve Français, Crise de l’Avenir, It’s the economy, stupid!

Tribune parue dans Le Cerrcle des Echos le 27 juin 2014   bit.ly/1yQQYGX  Ce que nous appelons « la crise » depuis 2008 est le révélateur de réalités vieilles de quarante ans : la croissance du monde occidental est insuffisante pour satisfaire les attentes sociales nées des Trente Glorieuses. La hausse des niveaux de vie a été partiellement [...]
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Ce que nous appelons « la crise » depuis 2008 est le révélateur de réalités vieilles de quarante ans : la croissance du monde occidental est insuffisante pour satisfaire les attentes sociales nées des Trente Glorieuses. La hausse des niveaux de vie a été partiellement financée par la dette. La dette a elle-même été financée dans des proportions notables par les grands pays émergents.

La fin de partie est engagée. Elle fait émerger de nouvelles réalités, qui concernent à la fois la croissance économique et l’identité de la France.

Une croissance insaisissable, faute de capital

Les paradigmes classiques de résolution des crises sont devenus inopérants. D’un côté, la réduction ultra-rapide de l’endettement ne fonctionne qu’au prix de dangereuses tensions sociales. De l’autre, un recours prolongé aux déficits ruinera les générations futures. Elles nous le feront savoir. Ce qui est sûr, c’est que la dette nourrit la déflation et la stagnation économique. La croissance est la seule réponse à ces risques. Or elle réclame des entrepreneurs et du financement à très long terme, c’est-à-dire du capital. Les liquidités ont beau être abondantes, le capital est en réalité devenu une ressource rare, comme en témoigne la très complexe recapitalisation de champions nationaux en difficulté. Si la France n’organise pas la transformation de son épargne en capital, soit elle ne connaitra pas de croissance, soit la croissance sera financée par des capitaux étrangers, certes bienvenus, mais qui pourraient susciter des incertitudes quant au maintien des centres de décision sur notre territoire.

L’exception française à l’épreuve du réel

La croissance insaisissable induit aussi une crise d’identité. La France se pense en effet comme une nation singulière. Elle a eu une influence déterminante dans la diffusion des valeurs de progrès depuis la Renaissance : humanisme, primat de la science, foi dans l’avenir, universalité des droits de l’Homme. Cette position a été historiquement confortée par un statut de premier rang dans les domaines scientifique, intellectuel, linguistique, mais aussi économique, politique, diplomatique et militaire. La France est la cinquième puissance mondiale. Elle est un membre permanent du Conseil de sécurité. Elle est indispensable à l’Europe.

L’Etat a toujours tenu une place éminente dans cette représentation. Le récit intériorisé de la crise (qui ne date pas de 2008) est pourtant celui d’une marginalisation et d’un déclassement du pays auxquels l’Etat n’apporte pas de réponse positive et intelligible. Notre désespérance est d’abord une crise du rêve français, celui d’un avenir toujours meilleur au sein duquel la France se tient à l’avant-garde des nations. La froide réalité est que le monde n’attend pas et que les Etats-Unis, l’Allemagne, la Chine et les grands pays émergents ont architecturé leur propre vision de la sortie de crise, fondée sur la réalité des nouveaux rapports de force.

L’économie au service de la société

Nous venons de décrire une crise de société qui, évidemment, ne trouvera pas sa solution dans le seul ordre économique. Mais le fameux « it’s the economy, stupid » de Bill Clinton nous rappelle comment les élections se gagnent ou se perdent. La France n’a pas vocation à se résoudre à un destin médiocre, au contraire. Cela suppose deux révisions déchirantes. D’abord, reconnaître la réalité du monde, répondre à ses défis et ne pas nous payer de mots. Ensuite, accepter l’idée que la croissance est d’abord une affaire d’entrepreneurs et de capital.

Gouverner, c’est choisir ses priorités, en faire un récit et se tenir à l’écart des sujets de distraction. L’économie est une explication et une représentation des transformations du monde. Alors faisons de l’économie !