23 Février 2015

Faire de Paris le Centre du Capital-Risque en Europe

  Article publié dans Les Echos du 16 février et cosigné avec Christian Dargnat, président de l’EFAMA, et Francis Kramarz, professeur à l’ENSAE et à l’Ecole polytechnique  L’Occident est en panne d’avenir. La croissance économique y est faible et la déflation menace. La classe moyenne s’inquiète de la compression de ses revenus et des obstacles à [...]
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Article publié dans Les Echos du 16 février et cosigné avec Christian Dargnat, président de l’EFAMA, et Francis Kramarz, professeur à l’ENSAE et à l’Ecole polytechnique

L’Occident est en panne d’avenir. La croissance économique y est faible et la déflation menace. La classe moyenne s’inquiète de la compression de ses revenus et des obstacles à la mobilité sociale. La réponse standard à ces problèmes est la stimulation de l’innovation, source de progrès dans l’histoire économique moderne. Le déclin des sources traditionnelles de financement de l’innovation rend indispensable le soutien du capital-risque. Paris a une carte à jouer dans le Grand Jeu mondial.

L’Occident est en panne d’avenir. La croissance économique y est faible et la déflation menace. La classe moyenne s’inquiète de la compression de ses revenus et des obstacles à la mobilité sociale. La réponse standard à ces problèmes est la stimulation de l’innovation, source de progrès dans l’histoire économique moderne.

L’innovation a besoin de temps long. L’Etat a toujours joué un rôle primordial via le financement de la recherche. Le secteur privé aussi, dans des incarnations diverses (banques d’affaires, familles, investisseurs institutionnels) car il a financé la rencontre d’une découverte scientifique avec un marché solvable.

La France s’est longtemps tenue aux avant-postes de la frontière technologique. Sa tradition scientifique, ses ingénieurs-entrepreneurs et les grands programmes de la Reconstruction ont assuré son rayonnement. Ce modèle révèle aujourd’hui ses limites.

Le monde a changé

Les finances publiques sont sous pression, le capitalisme familial peine à trouver les ressources nécessaires à la mondialisation de ses entreprises. Le financement traditionnel du temps long (banques et assurance) se contracte pour respecter les normes prudentielles nées de la crise. Le capital-risque s’impose comme un financeur de dernier ressort des idées nouvelles, celles qui ne peuvent pas espérer, par essence, une rentabilité immédiate. Il a conforté la prééminence technologique des Etats-Unis. Les grandes entreprises modernes sont américaines. Elles sont jeunes et ont été financées par le capital-risque. Une métaphore en rend compte : la valeur boursière cumulée du GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) équivaut à la capitalisation du CAC 40, pourtant 10 fois plus âgé. Les Venture Capitalists américains gèrent 200 Mds de dollars, 30 fois plus que les français. En 2014, ils ont investi 40 Mds dans le financement des champions de demain.

L’Europe n’est pas dans la course

Sur les 70 entreprises supportées par le capital-risque et valant plus de un milliard de dollars, 45 sont américaines, 5 sont européennes. Ceci est une conséquence logique de l’insuffisance des capitaux alloués au capital-risque sur notre continent et du faible nombre de fonds spécialisés. L’an dernier 240 fonds américains ont levé des fonds contre 40 en Europe. Aucune ville européenne n’est une métropole du capital-risque. Le vrai sujet n’est pas tant celui de la création d’entreprises que celui de leur développement pour atteindre le niveau mondial, celui qui compte dans un nombre croissant de secteurs où seul le leader trouve une rentabilité satisfaisante. Pour ce qui concerne la France, un rapport récent de l’OCDE rappelle la très grande difficulté à réaliser le « troisième tour » de financement (les dizaines de millions qui permettent le renforcement des barrières à l’entrée technologiques et l’internationalisation). De brillantes exceptions (SIGFOX, Criteo, Blablacar) ne doivent pas masquer la réalité d’un secteur qui ne peut investir plus d’un milliard d’euros par an.

Une opportunité majeure de réenchanter le rêve français

La France bénéficie de campus de niveau mondial, d’excellents ingénieurs et d’une tradition entrepreneuriale. Avec la Halle Freyssinet, la ville de Paris soutient un projet ambitieux de création d’une grande pépinière technologique. Le facteur limitant est aujourd’hui la faible et lente disponibilité des capitaux. Elle incite à l’expatriation (qui sait que Linkedin a été cofondé par un français, résident californien comme 50 000 de nos compatriotes ?) et à la création d’emplois et de valeur hors de notre territoire. La réalité est que les entreprises innovantes sont essentiellement crées par des jeunes et qu’elles emploient beaucoup plus de jeunes que les autres. Favoriser leur création est aussi un acte de foi dans l’avenir et dans la promesse républicaine de mobilité sociale.

Le Président de la République a mandaté une mission pour rechercher les moyens d’activer des financements nouveaux au bénéfice de l’économie française. Il s’agit d’une opportunité majeure pour faire de Paris le centre incontesté du capital-risque en Europe. Pour cela, il faut doubler en 3 ans les montants qui lui sont alloués et inviter les meilleurs fonds américains sous condition de résidence. Cela permettrait d’accélérer la courbe d’expérience des fonds français et leur capacité à tenir leur rang dans le monde (cela a été la stratégie d’Israël, l’autre grand acteur du capital-risque et de l’innovation technologique).

Nous avons matière à développer un cercle vertueux qui bénéficiera à l’ensemble de l’économie française. Les moyens financiers sont absolument nécessaires mais ils comptent moins que l’ambition et une vision déterminée de notre avenir.