09 Février 2015

Grèce Incapable, Europe Inflexible

L’élection grecque du 25 janvier posait une question fondamentale: le nouveau gouvernement dispose-t-il des moyens politiques, économiques et diplomatiques nécessaires pour réaliser son programme ? La réponse est négative. Face à l’incapacité du gouvernement grec, il revient donc à l’Europe de prendre des initiatives audacieuses pour sauver l’UE. Elle démontrerait la force de son modèle et enverrait aussi un message clair à une Russie adepte de postures martiales à ses frontières. 

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Egalement publié dans le Huffington Post du 10 février 2015 huff.to/178w0KH


L’élection grecque du 25 janvier posait une question fondamentale: le nouveau gouvernement dispose-t-il des moyens politiques, économiques et diplomatiques nécessaires pour réaliser son programme ? La réponse est négative. Face à l’incapacité du gouvernement grec, il revient donc à l’Europe de prendre des initiatives audacieuses pour sauver l’UE. Elle démontrerait la force de son modèle et enverrait aussi un message clair à une Russie adepte de postures martiales à ses frontières. 

Le refus de l’humiliation

La victoire de Syriza reflète bien sûr l’exaspération des Grecs devant un choc économique sans précédent en Occident depuis la Grande Dépression : longue récession, baisse de 25% du PIB, chômage de masse, exil de la jeunesse éduquée et paupérisation de larges couches de la population. Elle est aussi une révolte contre l’humiliation infligée à un peuple fier de son apport à la culture et à la civilisation européennes.

Hier, le discours de politique générale d’Alexis Tsipras fut d’abord un appel à la dignité, signifié comme le refus de prendre des ordres auprès des technocrates de la Troika et le rejet de la vente à l’encan à des étrangers des joyaux de l’infrastructure du pays. Face à cette reprise du discours électoral de Syriza, la même question reste cependant posée depuis l’élection du 25 janvier : le nouveau gouvernement dispose-t-il des moyens économiques, politiques et diplomatiques nécessaires pur réaliser son programme ? La réponse demeure négative. L’Europe devra donc prendre des initiatives audacieuses. Elle démontrerait la force de son modèle et enverrait ainsi un message clair à une Russie adepte de postures martiales à ses frontières.

Des échecs diplomatiques prévisibles, aggravés par une stratégie confuse

Comme prévu, la Grèce n’a trouvé aucun allié au sein de l’Eurozone, pour trois séries de raisons :

  1. le refus allemand de l’aléa moral (pour parler clair, le rejet d’une récompense en faveur du débiteur indolent)
  2. le refus français d’exposer ses contribuables à des pertes,
  3. le refus espagnol (et italien) de créer un précédent politique en laissant accroire qu’un parti « anti-système » pourrait obtenir des concessions inaccessibles aux gouvernements traditionnels.

L’échec grec est aussi dû à une rhétorique confuse. Souffler le chaud et le froid est une technique éprouvée de négociation, quand elle est maîtrisée et adaptée aux circonstances. En l’espèce le gouvernement Tsipras a consommé une grande partie de son crédit de façon improductive. Il était rassurant d’entendre la Grèce proclamer qu’elle paierait sa dette. Il était intelligent de présenter une contre-proposition technique pour amorcer le règlement concret du problème de la dette. Mais il était vain d’accabler l’Allemagne d’un profond ressentiment, tout comme il était irréaliste de proclamer urbi et orbi l’insolvabilité du pays pour s’attirer une réponse automatique et hostile de la BCE. Comment imaginer qu’une banque centrale accepte en garantie des titres déclarés comme sans valeur par leur émetteur ?

Le plus étonnant est que le gouvernement grec n’ait pas su illustrer concrètement sa volonté de maintenir les finances publiques à l’équilibre. La lutte contre la fraude et les oligopoles pourraient financer les promesses sociales de Syriza ? Pourquoi n’en avoir pas fait un axe majeur de communication ?

Au total la Grèce est isolée dans l’Eurozone. Si elle ne change pas de stratégie de négociation, elle ne trouvera qu’une issue, désastreuse : la sortie de l’Union Européenne et le recours à la Russie.

L’Europe doit prendre rapidement des initiatives politiques

Le gouvernement Tsipras est miné par ses contradictions : pour le maintien dans l’Euro et dans l’OTAN, mais nationaliste et ouvert à un rapprochement avec la Russie ; réformateur mais timide face à l’Eglise et aux oligopoles ; d’extrême gauche mais allié à un parti ouvertement xénophobe). Il est donc incapable de proposer une solution. Une solution étant nécessaire, c’est donc à l’ Europe de la formuler.

Sans exonérer les gouvernements grecs successifs de leurs fautes, L’Eurozone doit affronter trois réalités :

  1. Le peuple grec n’acceptera pas le retour au statu quo ante
  2. La Grèce ne pourra de toutes façons pas rembourser sa dette dans le cadre du programme institué par la Troika
  3. Le système bancaire européen a été sauvé par les règlements de 2010 et 2012. Il faut continuer de sauver le système bancaire grec. La BCE ne veut et ne peut continuer de porter seule ce fardeau, et elle l’a fait clairement savoir. Elle considère à bon droit que ceci est le problème des gouvernements européens.

Le temps presse car la Grèce sera en cessation de paiement dans les prochaines semaines. Compte tenu des faibles enjeux financiers, cette question est en réalité purement politique. Elle ne peut trouver de solution dans le paradigme moral qui oppose à l’hubris grec la Nemesis européenne. Les solutions techniques disponibles (obligations indexées, confort donné à la BCE vis-à-vis de la préservation de son capital, etc) devront apparaitre clairement comme ayant été guidées par les principes fondateurs de l’Union :

  1. la solidarité est une valeur intrinsèque de la construction européenne
  2. la solidarité n’est pas un dû, elle est le résultat d’efforts partagés, dans le passé mais aussi dans le présent. Elle suppose le respect mutuel.

La Grèce devra ainsi expliquer comment elle fera participer tous ses citoyens, et l’église orthodoxe, à l’effort de rétablissement national. L’Union doit, plus fondamentalement, démontrer que son projet ouvre des perspectives positives pour les peuples. Elle doit affirmer sa force morale et sa détermination face à un voisin russe qui méprise un modèle démocratique dépassé à ses yeux. Elle doit aussi engager les réformes économiques qui assureront la préservation du socle de son modèle social et non des rentes devenues illégitimes. Ceci exigera des sacrifices mais le statu quo est impossible.

A problème politique, réponse politique.

Voir ma réaction au lendemain de l'élection

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