26 Janvier 2015

Le choix de la Grèce, un stress-test politique majeur en Europe

Le vote Grec est rationnel. Il exprime le double souhait de la fin de l’austérité et du maintien dans l’Euro. Une réponse également rationnelle des gouvernements européens décevrait le nouveau gouvernement dominé par Siriza. Nul ne souhaite ouvrir la boîte de Pandore de l’arrangement institutionnel post-crise dans l’UE. L’Union est d’abord un projet politique et les gouvernements européens n’offriront pas de soutien politique aux demandes de Siriza. Un accord paradoxal est peut-être possible, sur la base de réformes structurelles libérales… Après la vérification de la solidité du système financier, il s’agit d’un nouveau stress-test pour l’UE.  

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Un vote rationnel

Le peuple grec a émis un message très clair et en définitive très rationnel. Il refuse une austérité « humiliante » imposée par l’étranger et il demande simultanément le maintien du pays dans la zone euro pour éviter l’hyperinflation et la débâcle de l’Etat. La question est maintenant de savoir si le nouveau gouvernement grec aura les moyens de ses ambitions.

Son succès dépend de la volonté de ses partenaires d’accepter un précédent politique. Rien n’est moins sûr, même si la dimension financière de la dette grecque est aujourd’hui résiduelle. Ouvrir la boîte de Pandore de la renégociation du dispositif institutionnel de gestion de la crise en Europe ne présente que des inconvénients pour l’ensemble des gouvernements européens.

La dette grecque n’est plus un problème économique systémique

La dette grecque n’était pas considérable en 2010 (300 milliards d’euros, seulement 3% de la dette européenne). Mais elle était très importante en comparaison des fonds propres des banques européennes. Le scénario d’un défaut et d’une faillite en chaîne de nombreuses banques était alors crédible.

La situation de cette dette n’inquiète plus aujourd’hui. En effet, le secteur privé a déjà enregistré dans ses livres une perte de 100 milliards. L’exercice de supervision conclu par la BCE en novembre dernier a rassuré sur la capacité de résistance du système bancaire européen. 80% de la dette est désormais portée par des institutions publiques, donc par les contribuables, principalement européens.

Techniquement, la renégociation d’une dette insupportable est un problème dont les solutions sont bien connues, même si l’environnement déflationniste les complique. Moratoire sur le paiement des intérêts et des remboursements, baisse des taux, successions de défauts partiels agréés par les créanciers, sans même évoquer des rachats par la BCE dans le cadre de son programme de Quantitative Easing .

Le programme de Siriza ne peut être appliqué sans un soutien extérieur massif

La position de négociation du gouvernement Tsipras bénéficie de deux atouts: un mandat clair, l’excédent du budget primaire et de la balance des paiements. La Grèce pourrait suspendre les paiements de sa dette sans dommage immédiat.

Cette situation est cependant héritée d’une politique économique précisément rejetée par les citoyens grecs. En changeant de politique, le gouvernement Tsipras fera face à au moins trois séries de difficultés :

  1. La nécessité du maintien d’une aide budgétaire extérieure.
    Le « programme de Thessalonique » de Siriza prévoit 12 milliards de dépenses nouvelles gagées par 12 milliards de recettes fiscales. Les premières sont plus certaines que les secondes, alors même le paiement des impôts a été ralenti depuis l’annonce d’élections anticipées.
  2. La dépendance du système bancaire grec vis-à-vis du refinancement de la BCE
  3. Une position diplomatique isolée en Europe.

La Grèce ne trouvera aucun allié politique en Europe

La Troika a commis des erreurs, sanctionnées par le vote du 25 janvier. Le FMI lui-même récuse aujourd’hui les politiques récessives. Mais aucun interlocuteur de la Grèce au sein de l’UE ne trouvera avantage à consentir à des concessions politiques. Elles créeraient un précédent paradoxalement nuisible pour les gouvernements des Etats de la périphérie. Ces derniers apprécieraient certainement un relâchement des contraintes qui leur sont imposées, mais ils n’ont aucun intérêt à favoriser un succès de Siriza dont pourraient se prévaloir les partis « anti-système » comme Podemos (des élections législatives auront lieu en 2015 en Espagne et au Portugal)

En Allemagne, un arrangement grec serait enfin interprété comme une capitulation inacceptable. Tout défaut serait perçu comme une perte financière immorale par un contribuable qui sait que le patrimoine médian allemand est inférieur de moitié à celui de son homologue grec.

L’Allemagne refusera d’accepter l’affichage d’un principe de mutualisation des dettes européennes. Ses réticences au Quantitative Easing ont été manifestes à cet égard. Une faiblesse dans la négociation serait exploitée par le parti Alternativ für Deutschland, dont les progrès électoraux se feraient d’abord au détriment du parti de la chancelière Angela Merkel.

Le gouvernement Tsipras pourrait estimer que sa meilleure carte est son pouvoir de nuisance vis-à-vis de l’équilibre européen. Il s’agit en réalité de l’expression d’une position de faiblesse.

Une ruse de l’Histoire : le retour des réformes structurelles ?

Faute d’accord, la fin de partie serait désastreuse pour le projet européen : Grexit ou recherche par la Grèce d’aides émanant de pays extérieurs à l’UE, voire même sanctionnés par l’Union, comme la Russie.

Quelles peuvent donc être les bases d’une sortie par le haut? Paradoxalement, des réformes structurelles libérales qui s’attaqueraient aux oligopoles qui régissent la vie économique du pays, tout en réduisant sa base fiscale et sa croissance potentielle.